lundi 6 juin 2016

Quand les médecins ont besoin d'un cours de littérature



Je vous ai déjà parlé ici d'idios kosmos et de koïnos kosmos. Vous vous rappelez, l'idios cosmos étant la réalité telle que conçue par un individu et le koïnos cosmos, la supposée réalité universelle qui, dans les faits, n'existe pas parce que nous n'avons pas accès à l'expérience de vie d'une autre personne et donc à son idios cosmos.

Dans mon idios cosmos à moi, les médecins, l'hôpital et la médecine en général, c'est sûrement très bon, mais c'est habituellement inaccessible ou ça exige d'une personne un effort démesuré.  

C'est l'expérience qui m'a appris ça. Ça fait que, il y a quelques années, j'ai fait une fausse couche chez moi. J'ai saigné comme on ne peut pas imaginer et j'avais tellement mal que j'ai pensé mourir couchée sur mon divan. Le lendemain, une amie m'a dit d'aller à la clinique de planning pour avoir un curetage. Ce que j'ai fait. Le médecin qui m'a reçue était scandalisé quand je lui ai raconté ce qui m'était arrivé. Il fallait vous rendre à l'urgence! qu'il s'est exclamé. Et moi, de lui répondre: Je n'étais pas en état d'aller attendre huit heures à l'urgence.

Dans ma vision du monde, vous le comprendrez, il faut être en forme pour se rendre à l'urgence. Et penser à se munir d'un minimum d'équipement. Par exemple, l'été passé, quand mon chum a eu son accident de vélo, c'est moi qui l'ai conduit à l'hôpital. Mais avant de l'installer dans l'auto, j'ai fait une razzia dans la maison et j'ai rempli un sac d'épicerie en coton avec des bouteilles d'eau, des barres tendres, deux chandails chauds ( un pour lui, l'autre pour moi), une couverture, deux livres. Pis mon téléphone, que je ne traîne jamais nulle part. 

Ce printemps, le docteur Vincent Demers a goûté à sa propre médecine. Son expérience, racontée dans un billet sur leHuffington Post, vaut la peine qu'on s'y attarde. C'est un bijou de candeur.

La découverte du docteur Demers, c'est ma vision de la médecine. Elle s'adresse aux gens ben patients, en forme, et aux survivalistes.

Quant aux rendez-vous chez le médecin (Je ne pense pas ici aux 25% de malchanceux d'entre nous qui n'ont pas de médecin de famille), obtenir un rendez-vous prend habituellement de quatre à six mois. Et à la clinique sans rendez-vous, pour laquelle il faut téléphoner à 7h du matin afin d'obtenir un rendez-vous le jour même, on est mieux d'avoir déjeuné avant parce que le système nous met dans une file d'attente téléphonique et on doit patienter, souvent pour se faire dire au bout de 45 minutes que l'horaire de la journée est désormais complet. Veuillez rappeler demain.

Cette situation digne de la scène où Astérix doit récupérer un document dans la maison qui rend fou explique peut-être pourquoi mon pharmacien vend des petites granules et de la poudre de perlimpinpin. Et peut-être aussi pourquoi il tient tout un assortiment de colliers et de bracelets en bois de noisetier. Quand on n'a pas accès à quelqu'un de qualifié, on se tourne vers les charlatans. Avec l'approbation des pharmaciens, apparemment.

Chez nous, on n'est pas encore tombé si bas. On a davantage tendance à se soigner avec un verre de vin. Ou deux. Si ça ne marche pas, on prend deux tylénols pis on va se coucher. D'habitude, tout finit par passer.  

Sauf que j'ai mal à un genou depuis l'automne. Avec l'hiver qu'on a eu, je pensais que c'était un problème causé par l'humidité. Sauf que l'été est arrivé et j'ai encore mal. Connaissant le système, je me suis dit que si je voulais qu'on me soigne avant que l'hiver revienne, j'étais aussi bien d'appeler tout de suite. La réceptionniste me propose mardi prochain. J'ai répondu par un immense éclat de rire. Comme elle pensait que je riais d'elle, il a fallu que je m'excuse, que j'explique que je m'attendrais à un délai plus long. Comme elle ne parlait pas, j'ai dit que je prenais le rendez-vous. Je l'ai remercié et j'ai raccroché, sous le choc.

Mon chum, à qui j'ai raconté cette « aventure » m'a rappelé que depuis le 1er juin, les médecins avaient cessé de faire des examens de routine pour avoir plus de temps à consacrer à ceux qui sont malades. Cette nouvelle a fait ma journée, et je me disais qu'il y avait peut-être enfin de l'espoir pour le système de santé québécois.

Voilà que samedi, je tombe sur une lettre dans la Presse où un médecin, sans doute bien fin, bien intelligent et qui sait écrire, se plaint de ne plus pouvoir faire d'examen de routine avec ses patients qui ne sont pas malade. Quand j'ai lu ça, je me suis dit que ce gars-là n'avait aucune idée de ce qui se passait dans le système de santé en dehors de sa clinique. Lui, il est furieux parce qu'on ne lui permettra plus de s'occuper des gens en bonne santé, parce qu'on va le forcer à soigner des malades. Fallait devenir banquier, monsieur, c'est dans cette profession-là qu'on s'occupe de ceux qui n'ont besoin de rien.

Mon ami le docteur et poète Jean Désy enseigne à l'Université Laval. Il y donne un cours de littérature. Vous savez, parce que la littérature, ça aide à vivre et ça permet de développer l'empathie chez le lecteur.  Un roman, c'est le seul moyen dont dispose l'humanité pour entrer dans la tête de quelqu'un d'autre, vivre avec lui, aimer avec lui, souffrir avec lui.


Je suis d'avis qu'on devrait inscrire le docteur Roy au cours de mon ami Jean. Il descendrait peut-être de son nuage pour voir à quel point les gens souffrent pendant que lui est payé pour piquer une jasette à des gens bien portants.

Ajout: La lettre qui m'a fait pogner les nerfs n'a pas été mise en ligne, mais je l'ai prise en photo. La voici. J'espère que vous pourrez la lire.






dimanche 13 mars 2016

À cause de l'émission Enquête, je parle encore d'argent!

Quand on prend le temps de s'informer, on peut éviter certains pièges.

 

L'émission Enquête de jeudi dernier a dérangé ben du monde. Je ne vais pas ici démolir ou encenser l'émission. Les abus qu'on y a dénoncés sont répugnants (particulièrement la magouille de Marcel Broquet à l'endroit de Christine Labrecque, une jeune auteure qui a perdu près de 12 000$ dans cette histoire* ). Par chance, c'est pas tout le monde qui fraye avec le côté obscur de la Force!


* Précision ajoutée le 23 mars: Toutes mes excuses. M. Broquet a avisé une blogueuse qui a relayé mon billet que Radio-Canada a diffusé des informations erronées. Christine Labrecque n'aurait pas perdu 12 000$ dans cette histoire. Elle aurait accepté d'acheter 400 livres. M. Broquet aurait un contrat pour le prouver. Il affirme qu'en vendant ses livres, Mme Labrecque aurait réalisé un bénéfice de 40%.

Vous trouverez ici le communiqué de presse émis le 17 mars par l'éditeur Marcel Broquet.

La question que je me pose, maintenant, c'est : Mme Labrecque savait-elle, en acceptant d'acheter 400 (300 +100) livres, qu'elle achetait plus de 80% des stocks? (puisque l'éditeur n'en a imprimé que 565, selon le relevé que nous a présenté l'émission Enquête.)

Rendu là, ça ressemble beaucoup à du compte d'auteur. Si c'est le cas, pourquoi M. Broquet parle-t-il de redevances à l'auteure (800$ de droits)? 

 

C'est vrai qu'on trouve dans notre milieu des escrocs sans scrupules. Le monde est plein de cabochons. Pourquoi il n'y en aurait pas chez les éditeurs? Sauf que, dans le milieu du livre, il y a aussi et surtout des gens extraordinaires. Je connais des éditeurs qui prennent des risques, qui en arrachent, surtout en ce moment où le livre se porte mal. J'en connais des paresseux à qui on a envie de botter le derrière. Et j'en connais qui se dévouent et se démènent.

 

La différence entre les bons éditeurs et les crosseurs n'est pas toujours facile à voir étant donné que la relation entre un auteur et son éditeur repose sur la confiance. Il y a quand même des pièges faciles à éviter. Aujourd'hui, je vais parler des pièges en relation avec l'argent.

 

Sachez tout d'abord qu'un piège n'est pas un piège si on sait exactement dans quoi on s'embarque. Ça s'appelle plutôt une entente. Une entente qu'on peut regretter plus tard, c'est vrai, mais une entente quand même. L'important, donc, ce n'est pas tellement les conditions du contrat comme le fait d'avoir lu et compris ledit contrat avant de le signer. (Il n'y a rien de pire pour détruire une relation avec un éditeur que de découvrir que l'éditeur a abusé ou nous a menti, même par omission.)

 

Côté psychologique, il importe aussi de se rappeler que l'éditeur est un homme ou une femme d'affaires. Il est donc là pour faire de l'argent. De l'autre côté, la personne qui essaie de faire publier un premier roman vit dans un rêve. Ça la rend vulnérable. Quand elle reçoit tout à coup une offre d'un éditeur, son rêve prend de l'expansion au point qu'elle est prête à bien des choses pour voir ce rêve se réaliser.

 

Aussi, il faut savoir que l'auteur, qui commence et qui rêve, a zéro pouvoir de négociation. ZÉRO. Il est à la merci de l'éditeur, comme J. K. Rowling l'était avant d'être J. K. Rowling. Et son rêve, loin de l'aider, crée une brume qui l'empêche souvent de voir au-delà.

 

Première chose à savoir: Un éditeur agréé N'A PAS LE DROIT d'exiger de l'argent pour publier votre livre.

 

Les seuls «éditeurs» qui peuvent vous demander de l'argent sont ceux qui vous aident à vous publier à compte d'auteur, dans lequel cas, vous gardez tous les droits sur vos oeuvres. Et, puisque vous les vendrez vous-mêmes, vous garderez 100% du produit des ventes.  (Ajout: L'éditeur Luc Roberge me signale dans les commentaires que les éditeurs agréés peuvent aussi publier un livre à compte d'auteur. Ils le font dans les mêmes circonstances que ceux qui se consacrent exclusivement au compte d'auteur. Vous devrez payer, mais vous gardez vos droits... et vos livres ou bien vous vous entendrez sur des modalités de diffusion.)

 

Il y a aussi de petites maisons d'édition qui commencent et qui ne sont pas subventionnées (qui ne sont donc pas agréées.) Il est possible que l'éditeur d'une de ces petites maisons vous demande de participer à la publication de votre livre. Dans ce cas, évidemment, vos redevances seront plus élevées puisque vous aurez investi dans le projet et pris une part du risque financier. Ça devient un arrangement entre deux investisseurs. Sachez que ce genre d'arrangement n'est pas couvert par les deux lois qui régissent le milieu du livre. Il faut donc bien voir à vos affaires.

 

L'important à retenir, c'est que si l'éditeur est agréé (toutes les grandes maisons d'édition le sont!), il reçoit des subventions pour lui permettre de publier votre livre. Il doit non seulement prendre TOUS les risques financiers sans vous demander une cenne, mais surtout, il doit vous payer des redevances et vous fournir un relevé des ventes une fois par année. C'est OBLIGATOIRE.  

 

Voici donc quelques petites choses à vérifier et à comprendre avant de signer un contrat chez un éditeur. (Je me restreins ici aux ventes au Canada en français.)

 

On retrouve bien des manières d'exprimer la clause de redevances dans un contrat au Québec. Voici les principales:

 

10% du prix de détail suggéré:  C'est la meilleure clause possible. Ça veut dire que, peu importe le détaillant (librairie, Coscto, Walmart, etc), l'auteur recevra toujours le même montant pour chaque livre vendu. Mettons que le livre se vend habituellement 30$ en librairie. L'auteur recevra 3$. Même si le livre a été vendu à 25$ chez Coscto. Le relevé est ultra facile à lire. 500 livres à 3$ chacun = 1500$.  Et c'est vraiment écrit aussi clairement que ça sur le relevé.

 

10% du prix de vente: Ici, ça devient plus compliqué. Et le relevé  des ventes devient difficile à lire parce que le montant des redevances fluctue au gré des détaillants selon que le livre s'est vendu 30$, 27.50$, 25$, etc. C'est la clause que j'avais à La courte échelle, dans le temps. Sur mon relevé (quand je réussissais à en obtenir un), il y avait des livres qui me rapportaient 0.25$. D'autres 0.50$. D'autre 1$ et d'autres 1.50$. Des fois, il y avait aussi des chiffres pas rapport que personne, même à La courte échelle, ne pouvait m'expliquer. Ce n'est donc pas une très bonne clause, mais c'est pas la pire.

 

10% des ventes nettes: Ça, c'est le piège à cons universel. Ça laisse croire à l'auteur qu'il recevra 10% du prix de vente du livre, alors qu'il n'en est rien. Il recevra 10% ...  moins les dépenses. Quelles sont ces dépenses? Dieu seul le sait (et peut-être l'éditeur, mais pas toujours). Dans les faits, ça revient le plus souvent à 5%.  Si l'auteur comprend bien de quoi il s'agit, cette clause peut-être très honnête, surtout si elle est offerte par une petite maison d'édition avec peu de moyens, mais beaucoup de bonne volonté. Sauf qu'il faut que l'auteur soit au courant! Malheureusement, je connais une éditrice qui utilise cette clause sans l'expliquer à ses auteurs. Quand ceux-ci découvrent le pot aux roses (souvent après avoir reçu la moitié des redevances auxquelles ils s'attendaient), l'éditrice en question prétend que c'est partout comme ça dans le milieu. Ce qui est totalement faux.

 

Il se peut aussi qu'un auteur, qui veut absolument être publié chez un éditeur, accepte une redevance moindre (genre 5%). La plupart du temps, c'est parce que l'éditeur avait refusé le manuscrit et que l'auteur s'accroche. L'éditeur juge que le risque est trop grand pour ses moyens. L'auteur se soucie moins de ses redevances que du fait d'être publié. Dans ces cas-là, le 5% devient acceptable parce que ça devient une entente. Et on imagine que si ce premier livre se vend, le livre suivant rapportera 10% à son auteur.

 

Quelle que soit cependant la clause des redevances, le paiement ne doit jamais se faire en exemplaires de livres, comme le prétend Victor-Lévy Beaulieu, aux éditions Trois-Pistoles, dans le reportage d'Enquête. On peut d'ailleurs se demander comment il paierait son épicerie si ses éditeurs l'avaient toujours payé en exemplaires de livres. La vérité, c'est qu'il a écrit surtout pour la télévision et que les auteurs de télé, de cinéma et de radio ont des ententes conventionnées. Ils sont donc toujours bien payés et payés en argent via leur association, la SARTEC. (Je le sais, j'en fais partie!)

 

Si votre éditeur insiste pour vous payer en exemplaires de livre, contactez l'Uneq et/ou portez plainte à la Sodec. Il n'a pas le droit d'agir ainsi. Pour obtenir ses subventions, votre éditeur doit vous payer en argent. Comme le disait Francine Allard dans le reportage d'Enquête, si tu travailles chez Kraft, on n'imagine pas que la compagnie te paiera en macaroni au fromage. C'est la même chose dans le milieu du livre.

 

En cas de doute, si vous en êtes à votre premier roman, vous pouvez faire affaire avec une agence littéraire pour lire et vous expliquer votre contrat. Ça vous coûtera quelque chose, mais pas autant qu'un contrat mal compris.

 

Si vous en êtes à votre deuxième roman et que vous êtes membres de l'Uneq, vous avez droit à une heure gratis avec un avocat de l'Uneq. Ce ne serait pas une mauvaise idée de lui faire analyser votre deuxième contrat. 


mercredi 9 mars 2016

L'auteur Bruno Hébert est-il un imbécile? Je ne pense pas.


Lundi, paraît-il, l'auteur Bruno Hébert s'est fait voler son ordinateur dans sa maison d'écriture à Contrecoeur. (Tous les détails ici.)

Ledit ordinateur contenait un roman sur lequel Bruno Hébert travaillait depuis quatre ans. Le pauvre s'en veut; il n'avait pas fait de back-up. Ça me rassure. Le fait qu'il soit capable de nous dire qu'il n'avait pas de back-up prouve qu'il connaissait l'existence des copies... même s'il n'a jamais pensé en faire lui-même.

Le problème, c'est que je ne le crois pas.

Un auteur qui travaille pendant quatre ans sur un vieil ordinateur, qui n'imprime pas le texte, qui ne le copie pas sur une clé USB ou qui ne se l'envoie pas par courriel est un imbécile. Car le premier danger qui guette son roman n'est pas le vol (même s'il ne verrouille pas les portes de sa maison!). Le premier danger qui le guette, c'est un bris sur l'ordinateur. Le deuxième, un virus. Le troisième, un incendie. Et enfin, si l'auteur est vraiment mal chanceux, quelqu'un entrera chez lui et volera sa vieille machine dont il ne pourra, paraît-il, pas tirer 200$. Bref, le tremblement de terre en Haïti aurait eu plus de chance d'emporter le roman de Bruno Hébert qu'un voleur qui aurait pénétré chez lui même pas par effraction.

Voyez-vous, j'aurais plutôt tendance à voir dans cette sortie médiatique deux raisons qui ont beaucoup plus de bon sens à mon avis.  

La première raison, c'est le coup médiatique, justement. Il y a quelques années, Éric Lapointe a fait quelque chose du genre en se faisant arrêter par la police la veille de la sortie de son nouvel album. Par un heureux «hasard», l'album en question s'intitulait Coupable.  Les médias en ont en masse parlé.

Bruno Hébert prétend que son roman devait sortir au printemps ou à l'automne. Dans un cas comme dans l'autre, on ne peut pas imaginer que son éditeur n'ait pas vu de quoi il s'agissait. Au moins un peu.  Même que si ledit roman devait sortir au printemps, il me semble certain que l'éditeur l'aurait eu entre les mains depuis longtemps. On ne parle pas des Éditeurs réunis, ici, le roman ne serait pas sorti en moins de deux mois! Et le printemps, je vous le signale, il commence dans deux semaines.

L'autre raison me vient de mon expérience d'enseignante. Quand j'étais prof, au moins une fois par année, un élève qui n'avait pas fait un travail important me servait l'excuse:  «Mon chien a mangé ma copie.».  Si un de ces élèves, devenu auteur aujourd'hui, devait remettre un manuscrit à son éditeur et que ledit manuscrit n'était pas encore prêt, on pourrait imaginer qu'il prétendrait s'être fait voler son ordinateur.  Surtout si son éditeur lui avait déjà versé un gros à-valoir pour lui permettre d'écrire à son aise.

En tout cas, la dernière chose qu'on pourrait me faire croire, c'est que Bruno Hébert est un imbécile qui vit dans son petit monde personnel où les virus n'existent pas. Ni les bris chez les vieux ordinateurs. Ni les incendies.

Je n'ai cependant pas besoin de vous dire ce que je pense qu'il pense de nous.

mardi 1 mars 2016

La bouffe de salon



Gens du livre, j'ai besoin d'aide.

À l'automne, après mes quatre salons du livre et ma série de trois conférences aux Îles-de-la-Madeleine (tout cela en 6 semaines!), il m'avait pris un vif dégoût pour la bouffe de restaurant. Tellement que mon chum et moi, on n'a pas fêté notre anniversaire de mariage, comme on aurait dû, à la fin de novembre. Je ne pouvais juste pas m'imaginer aller ENCORE au restaurant. Ce n'aurait pas été une célébration, mais une corvée. Alors on s'est dit qu'on attendrait après les fêtes parce que, avec les fêtes, on sait bien , on mange trop pis on mange souvent ailleurs que chez nous.

Ça fait qu'il y a deux semaines, on a dîné au Bouchon, un excellent restaurant du centre-ville de Sherbrooke. Jusque-là, ça allait pas si mal. Même que j'ai trouvé ça bon.

Puis est arrivé le Salon du livre de l'Outaouais.

Je suis partie vendredi matin avec la Sorcière et la p'tite jeune, Charlène, une auteure qu'on est en train de débaucher. C'était pas si mal en montant. On s'est arrêté au McDo de Casselman. Tsé, des fois, le McDo, c'est beau, bon, pas cher pis rapide. Quand il faut que tu sois en signatures à 15h pis que tu as cinq heures de route à faire, le McDo, ça fait la job. Et à Casselman, des fois, je rencontre d'autres auteurs. Parfois même des éditeurs. Mais cette fois, il n'y en avait pas.

Vendredi soir, il y a eu le souper au thaï, pas loin de l'hôtel. Le lendemain matin, le déjeuner à l'hôtel où il a fallu que j'argumente pour qu'on accepte de me servir à la carte. Le serveur n'arrêtait pas de me renvoyer au buffet, sauf que moi, je me sentais tout bonnement incapable d'entrer dans le racoin du buffet avec ses odeurs de saucisses et de fèves au lard. Je voulais des fruits frais, un bol de fromage cottage pis des toasts. À force d'insister, j'ai eu mon assiette.

 Je suis ensuite allée au musée voir l'exposition sur les Vikings (excellente exposition, soit dit en passant). Comme je signais à midi, je n'avais pas le temps de dîner, alors j'ai bu une bouteille d'Ensure.) J'en traîne depuis deux ans dans les salons. Ça m'évite de stresser quand mes séances de signatures sont trop rapprochées.)

Samedi soir, évidemment, je suis retournée souper au thaï avec des amies auteures. Pis le lendemain, j'ai déjeuné à l'hôtel où il a encore fallu que je m'obstine pour avoir mon déjeuner à la carte. Plus tard, je devais dîner avec une copine à la foire alimentaire, au rez-de-chaussée du Centre des congrès, sauf qu'en arrivant sur place, le mal de coeur m'a pris. J'ai balayé la salle des yeux pis j'ai ouvert ma deuxième bouteille d'Ensure.

À 15h, la Sorcière, la p'tite jeune pis moi, on a repris la route.

C'est en arrivant à Bromont que j'ai réalisé que j'avais atteint un seuil de non retour. On s'est assises toutes les trois au bar du East-Side Mario's. J'ai ouvert mon menu. Pis là, j'étais incapable de me décider. Tout  me levait le coeur. TOUT. Toutes les images, mais aussi tous les plats décrits. Si j'avais été plus proche de chez moi, j'aurais refermé le menu. Mais il était quasiment 19h et il nous restait encore une heure de route à faire. J'ai opté pour l'assiette qui me donnait le moins la nausée et j'en ai laissé presque la moitié.  

Là, j'en suis rendue à craindre Québec, mon prochain salon.  Parce que la semaine suivante, je m'en vais au Salon d'Edmundston. Comment est-ce que je vais faire?

Avez-vous des trucs?                                                         

lundi 22 février 2016

La réforme de l'orthographe, les ondes gravitationnelles, Jutra et Umberto Eco




"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles". Umberto Eco

La mort d'Umberto Eco m'a rappelé cette citation qui avait créé bien des remous en 2007.  Et je me suis dit que ce grand homme n'avait jamais été aussi juste qu'en ce moment. 

J'en veux pour preuve la quantité de niaiseries qu'on a publiées depuis deux semaines. C'est à croire qu'on vit une contraction de l'espace-temps.( Je ne suis pas certaine qu'Einstein approuverait ma définition, mais je pense que s'il écoutait mon point de vue, il sentirait la vérité de mes propos.)

Avant ( je ne peux même plus vous dire quand, mais je me souviens que c'est pas si loin), quand il se passait quelque chose d'important dans le monde, on en jasait pendant un bon moment. De façon modérée. Un peu tous les deux jours, mettons. Pendant deux semaines, mettons.

Maintenant, on gobe du fast-food informatif. Un scandale n'attend pas l'autre. Et chacun exprime son opinion, chacun déchire sa chemise.  Puis on passe à la nouvelle suivante en oubliant de réparer ladite chemise. On vit encore deux ou trois jours ce nouveau drame, puis on passe au suivant. Puis au suivant. Facebook et Twiter marquent le rythme. Une cadence de plus en plus rapide, si vous voulez mon avis. Et ça me donne le vertige. 

Prenez les deux dernières semaines. On a commencé par lire des absurdités sur la réforme de l'orthographe (en application depuis 1990, je vous le signale)

Pour vous donner une idée du temps qu'il a fallu pour s'indigner, j'étais encore à l'université et ma fille n'était même pas née (elle va avoir 25 ans ce printemps!).

Ceux qui s'indignent ici me font penser à certains évangéliques qui croient que la Bible doit être lue de manière littérale. Ils n'ont, pour la plupart, jamais lu la Bible. S'ils le faisaient, ils verraient bien les contradictions, les incohérences et l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de croire que ces histoires sont arrivées telles que racontées.  

Pour déchirer sa chemise contre la réforme de l'orthographe, il faut ne pas avoir lu le détail de cette réforme. Vous le trouverez ici

Il faut aussi ignorer la principale caractéristique d'une langue qu'on continue de parler. C'est VIVANT. Vivant, veut dire que ça croît, que ça change, que ça s'adapte pour survivre. Le latin, par exemple, ne s'est jamais adapté. Voyez où il est, aujourd'hui. Même Umberto Eco, en écrivain conscient de son époque, a actualisé Le nom de la rose parce qu'il contenait tellement de latin que les générations actuelles (la mienne comprise!) ne pouvaient comprendre exactement ce qu'il voulait faire dire à son roman. ( Allez lire cet article sur la «réécriture du Nom de la rose par Umberto Eco. Ça vaut la peine. Réaction typique.) 

Bon, quand même, on s'est vite lassé de critiquer la réforme parce qu'une autre nouvelle nous a renversés. Les scientifiques ont perçu pour la première fois les ondes gravitationnelles prédites par Einstein. En soi, la nouvelle est exceptionnelle. On écrivait l'histoire. Et même ceux qui ne connaissaient rien à la physique devaient ressentir une petite excitation.  En tout cas, moi, j'ai trouvé ça génial que ça arrive de mon vivant (Dois-je vous rappeler que je suis entrée à l'université pour devenir ingénieure en électricité? )

On a abandonné les ondes gravitationnelles encore plus vite que la réforme de l'orthographe parce qu'un scandale venait d'éclater. La biographie de Claude Jutra, sortie mardi dernier, nous apprenait que le bonhomme était pédophile. Et là, mesdames et messieurs, Internet a capoté.

Je dis «capoté» parce que tout un chacun s'est mis à donner son opinion. Super vite. Sans réfléchir. Faut s'exprimer pendant que le fer est encore chaud. Vous dire les niaiseries que j'ai vues passer sur le sujet! Le texte le plus aberrant, selon moi, c'est celui de Lise Payette, mais il y en a eu tellement qu'il serait difficile de les mettre en ordre de bêtise pour dresser un palmarès parfait.

Je vais ajouter ici ma maigre contribution à ce débat (si on peut qualifier l'affaire de débat).

Ce que je pense de l'affaire Jutra? Rien du tout. Je n'ai pas d'opinion. Tout simplement parce qu'il y a un million de choses qu'on ne sait pas. Le bonhomme est mort il y a 30 ans. Comment voulez-vous lui faire un procès? On ne peut pas l'interroger? On ne peut même pas le condamner! Je compatis tout à fait avec les victimes, cependant. Elles ont vécu des événements terribles. Mais j'ai pas d'opinion sur le reste de l'affaire. Et puis, des opinions, on en compte treize à la douzaine sur Internet. Alors une de plus ou une de moins...  De toute façon, le temps que je publie ce billet, on aura trouvé un autre scandale, une autre nouvelle, une autre raison de s'indigner. Et on sera tout de suite ailleurs, oubliant pourquoi on avait déchiré notre chemise quelques jours plus tôt.

Mais je trouve extraordinaire la découverte des ondes gravitationnelles, sachez-le.

Et j'ai eu de la peine en apprenant la mort d'Umberto Eco, mais comme il avait déjà 84 ans, je me dis qu'il avait bien vécu. J'ai eu plus de peine quand Alan Rickman est mort en janvier parce qu'il n'avait que 69 ans. (Il y a vingt ans, j'aurais dit qu'il avait bien vécu. C'est vous dire à quel point les choses changent vite, dans notre monde. Même notre opinion sur la durée normale d'une vie.)


lundi 8 février 2016

Long Overdue



«Ton ménage de bureau est long overdue, Mylène»

C'est la phrase que mon chum m'a lâchée cet après-midi quand il m'a trouvée dans un plus grand bordel que d'habitude. Puis il m'a servi une bière. Paraît que j'en avais besoin.  Faut dire que du ménage dans mon bureau, j'en ai pas fait depuis... je me rappelle plus quand. Faut croire que ça paraissait que j'étais dépassée par la tâche à accomplir.

J'ai toutes les excuses du monde pour avoir tant tardé. Écrire et publier deux livres en 18 mois, ça hypothèque des habitudes. Adopter deux chiots en 14 mois aussi. Sans compter que je suis en train d'écrire le roman le plus exigeant de ma carrière. Il compte quatre histoires, et j'ai passé six mois à faire de la recherche, seulement pour la première histoire!

Vous me direz que j'ai pas de mesure, et vous avez raison. Quand j'entreprends quelque chose, je plonge dedans à 100%. L'écriture d'un roman occupe 1/3 de chaque journée. Le deuxième tiers est consacré aux chiens. Le troisième, à la cuisine. Mon chum dit maintenant qu'il est heureux qu'on dorme dans le même lit. 

 Et le pire, c'est que quand je suis en écriture, il n'y pas de samedi ni de dimanche ni de jour férié. (Demandez-le à la Sorcière qui passe son temps à me dire: c'est Pâques, dimanche, My. Ou c'est la fête des Patriotes. Ou autre chose du genre.)  Il faut dire que j'utilise un agenda Moleskine, ça ne m'aide pas pantoute à m'orienter avec le Monde.

Je pense l'avoir déjà écrit sur ce blogue, mon nouveau projet est construit un peu comme le roman The Man in the High Castle, de Philip K. Dick. Quatre histoires qui s'entrecoupent, aucun personnage n'est au courant des aventures des autres, seul le lecteur comprend ce qui est arrivé pour vrai.

Il s'avère que j'ai terminé dimanche soir la première des quatre histoires.  J'avais donc l'intention lundi matin de me mettre à la deuxième histoire. Je venais juste de finir mon café quand la Poste est arrivée. Et c'est là que j'ai compris à quel point j'ai vécu sur une autre planète ces 18 derniers mois.

Il y avait là une lettre d'un couple de Français très âgés, que j'ai rencontrés dans un parc quand j'ai fait la route de Compostelle en 2010. J'ai passé la moitié du lendemain chez eux, à boire du café. Et je suis repartie avec des tomates plein les poches. Si vous avez lu le roman que j'ai ramené de ce voyage, il s'agit de Guy et Marie.

Et Marie m'écrit que comme elle n'a pas eu de retour à sa dernière lettre, elle s'inquiétait pour ma santé.

Elle, qui a bien 93 ans, s'inquiétait pour ma santé. Ouf! Méchante douche froide.

J'ai donc entrepris de retrouver sa dernière lettre, qui devait, logiquement, se trouver dans mon bureau.

J'ai découvert une lettre qu'un autre ami âgé m'a écrite en janvier... de l'an dernier. L'enveloppe n'était même pas décachetée. J'ai découvert une carte de Noël que j'ai même pas vu arriver. J'ai trouvé un paquet de photos de plein de gens, empilées dans un panier. Des notes sur la correction du tome 1 d'Une deuxième vie (Je les avais cherchés partout!). Il y avait aussi une recette de pancakes au babeurre, écrite à la main par une dame âgée de l'église où va mon chum (À ce moment-ci, je me suis dit que, décidément, je négligeais les personnes âgées.)

J'ai trouvé aussi des lunettes depuis longtemps perdues, mais qui m'auraient été bien utiles cette semaine quand mon chiot a mangé la paire que j'utilise au quotidien. Et juste en dessous des lunettes, il y avait un chèque-cadeau de 40$ au restaurant l'Auberge North-Hatley... qui expirait le 31 février... 2015.

Je vous épargne le reste, c'était plus trivial encore que le bracelet de cette montre qui ne fonctionne plus, mais que je garde parce que je veux le mettre sur une montre neuve.

Cette exercice de ménage m'a permis de comprendre un aspect de moi-même que je ne connaissais pas:  je suis capable d'une grande concentration.

Eh, oui! Je n'ai pas vu l'état de mon bureau comme une catastrophe, mais plutôt comme quelque chose de lumineux. J'étais tellement prise dans mon histoire que j'ai été capable de faire abstraction du reste de ma vie pour la mener à terme... et en commencer une autre qui m'occupe et me passionne tout autant.

Dans un autre panier, j'ai trouvé deux photos d'Einstein, l'une quand il était jeune adulte, l'autre quand il était un savant reconnu. (Des souvenirs de mon voyage de noces en Suisse, il y a trois ans.) Ces photos m'ont rappelé la photo de son pupitre, prise le jour de sa mort. Et je me suis dit que je ne serais pas gênée de mourir et qu'on trouve mon bureau dans cet état.


Je profite de l'occasion pour faire une mise à jour: Le Prix estrien du roman de genre a été adopté lors de l'assemble générale de l'AAAE, à la mi-janvier. (Je venais tout juste d'adopter mon deuxième chiot alors j'ai eu trop de broue dans le toupet pour vous tenir au courant (même si c'est ça que j'avais dit que je ferais).)

p.s. Je n'ai jamais retrouvé la lettre de Marie, mais je vais quand même lui écrire demain. 

p.p.s. Pour éviter d'oublier de publier ce billet demain matin, je le publie tout de suite. J'espère juste qu'il n'y reste pas trop de fautes.


mardi 19 janvier 2016

Un prix pour la littérature de genre en Estrie





Ça y est! 

Après des années de chialage et de tergiversations, le monde littéraire estrien semble enfin avoir accepté qu'il n'existe pas qu'une seule littérature de valeur. 

En effet, samedi prochain, lors de son assemblée générale annuelle, l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie (AAAE) devrait passer à l'histoire en adoptant une motion qui distinguera la littérature blanche de la littérature de genre, et ce, sans jugement de valeur.  (J'utilise le terme littérature blanche, alors qu'eux se contentent de distinguer la littérature de genre de l'autre littérature, mais on ne va couper les cheveux en quatre et faire du chichi si près du but.)

L'important, ce que l'époque où l'on remettait année après année le prix littéraire aux mêmes deux ou trois auteurs (alors qu'il y avait une trentaine de romans en compétition) est révolue. Désormais, si la proposition est adoptée, la littérature blanche et la littérature de genre seront jugées dans des catégories séparées. Un auteur aura donc le choix entre quatre prix littéraires.

·         Le Prix Alfred-Desrochers, qui récompense une oeuvre de création littéraire (roman, conte, nouvelles, poésie, théâtre et récit). (Ce qu'en dehors du milieu littéraire littéraire on appelle la littérature blanche.)

·         Le Prix Suzanne Pouliot-Antoine Sirois, qui récompense une oeuvre jeunesse pour les 6 à 16 ans.

·         Le prix Alphonse-Desjardins, qui récompense une oeuvre n'appartenant pas à la catégorie création littéraire (essai, biographie, autobiographie, mémoires).

·         Et désormais, le Prix estrien de la littérature de genre, qui récompensera une oeuvre de création littéraire s'adressant à un large public adulte et faisant partie d'un genre littéraire (historique, policier, érotique, fantastique, de science-fiction, de fantasy, de merveilleux, d'aventures d'amour et chick lit).
)
Un livre ne pourra être présenté à plus d'un prix littéraire de l'AAAE en même temps. Ce sera donc à l'auteur de décider où il pense avoir de meilleures chances. Dans tous les cas, le livre doit être publié soit par une maison d'édition, soit sur Internet ou à compte d'auteur, mais il doit être soumis sous forme de livre relié.

Ces prix, qui viennent chacun avec une bourse de 2000 $, seront remis aux deux ans (les années impaires). Ils s'adressent évidemment aux auteurs de l'Estrie membres de l'AAAE.

Je sais que bien des auteurs n'aiment pas l'appellation littérature de genre. Pas plus, sans doute, que d'autres n'aiment l'appellation littérature blanche. Sachez qu'il s'agit toujours d'une question de point de vue... et d'ego, naturellement.  

Je sais aussi qu'on aime bien dire qu'il n'existe qu'une seule littérature. Ça paraît bien. On a l'air égalitaire, quand on dit ça. On a l'air démocrate. Sauf qu'il faut admettre que lorsqu'on prétend qu'il n'y a qu'une seule littérature, on peut difficilement expliquer les résultats des prix du Gouverneur général. Les éditeurs, eux, savent bien que tous les livres ne sont pas jugés sur les mêmes critères. Pour preuve, ce ne sont pas tous les ouvrages qu'ils soumettent aux GG.

Avec ses quatre prix, l'AAAE admet qu'on ne juge pas un roman de science-fiction avec les mêmes critères qu'un roman d'autofiction. La virtuosité dont peut faire preuve un auteur en jouant avec les mots ne vaut pas moins qu'un récit mené tambour battant. L'efficacité d'un page-turner n'a pas à céder le pas devant la beauté des phrases d'un recueil de poésie.

Bien sûr, dans tous les cas, il faut savoir écrire. Et il faut avoir quelque chose à dire. Mais la distinction demeure: en littérature blanche, le contenant prime sur le contenu. En littérature de genre, c'est l'inverse. Admettre cette différence, ce n'est pas effectuer un jugement de valeur. C'est admettre qu'en littérature, il en faut pour tous les goûts. C'est valoriser la diversité. Et c'est célébrer le foisonnement d'idées et de talents estriens.